SPIEN

L’inspection assure une certaine forme de paix sociale dans le système éducatif.

dimanche 22 novembre 2009 par SPIEN - Matulik / Terver

Extrait de l’interview de Xavier Albanel, docteur en sociologie de l’université Toulouse le Mirail. Source : la lettre de l’éducation.

Dans le travail d’évaluation, l’inspection dans l’enseignement secondaire, vous parlez de gaspillage en matière d’inspection des enseignements. Remettez-vous en cause l’efficacité du travail des inspecteurs académiques ?

Outre la finalité d’avancement de carrière, l’inspection vise le contrôle de conformité des enseignements par rapport aux attentes institutionnelles et l’accompagnement pédagogique des enseignants. Je remets en question l’efficacité de l’évaluation sur ce dernier point : ce n’est pas par l’inspection que les enseignants arrivent à progresser dans leur pratique.

Le problème vient-il des inspecteurs, des enseignants ou du dispositif d’inspection ?

La procédure est mal pensée. Une inspection a lieu tous les cinq ans en moyenne, et ne dure qu’une heure. De plus, comme l’accompagnement pédagogique est lié à une notation, les professeurs adoptent une posture défensive : ils ont tendance à surpréparer et minuter leur cours, à déployer une énergie inhabituelle pour faire réagir les élèves, à se montrer sous leur meilleur jour…Ils ne jouent pas le jeu, passent à coté de conseils qui pourraient leur être utiles et s’excluent, de fait, du travail d’évaluation.

Qu’est ce qui vous a le plus marqué au cours de la douzaine d’inspections auxquelles vous avez participé ?

Les deux corps de métier se connaissent peu. Les inspecteurs, bien qu’ils ne soient pas dupes, minimisent l’aspect « sur-préparation ». Les enseignants comprennent mal les attentes des inspecteurs : ils tentent de reconstruire les critères qui pourraient être ceux de l’évaluation. Or si les inspecteurs ont des attentes institutionnelles explicites (conformité au programme, organisation séquentielle de la leçon, utilisation d’outils pédagogiques), ils ont aussi des critères implicites qui portent sur la façon dont l’enseignant met en activité sa classe. La véritable attente d’un inspecteur, c’est un cours naturel donné par un enseignant qui réfléchit sur sa propre pratique.

Vous considérez aussi que l’inspection individuelle ne permet qu’une gestion des ressources humaines qu’à la marge…

Oui, car les notes attribuées au cours de l’inspection ne déterminent que le rythme d’avancement de carrière. Autrement dit, même si un enseignant est mal noté, il évoluera malgré tout, à l’ancienneté. L’inspection ne sanctionne pas. Dans la grande majorité des rapports, les inspecteurs adressent, dans un discours très convenu, « leur confiance et leurs encouragements » aux professeurs évalués. Quelques enseignants reçoivent « les félicitations ». Seuls 4% des rapports portent un jugement négatif sur la pratique d’un enseignant et lui demandent de « faire ses preuves ».

Doit-on réformer le dispositif d’inspection ?

Même si le dispositif d’évaluation fonctionne mal, les enseignants le remettent peu en question. Lorsqu’on les interroge sur des scénarios alternatifs, ils se montrent attachés au dispositif en place, garant de leur autonomie. On peut dire que l’inspection assure une certaine forme de paix sociale dans le système éducatif et protège les professeurs de tout projet de réforme. L’idée, par exemple, de favoriser l’entrée des chefs d’établissement dans l’évaluation a provoqué une levée de boucliers : le fait d’être inspecté par une personne extérieure, ancien enseignant de sa discipline, garantit un jugement neutre, alors que l’évaluation d’un supérieur hiérarchiques pourrait être biaisée par des règlements de comptes personnels et induire un jugement arbitraire.

Selon vous, qu’apporte votre analyse par rapport aux recherches antérieures sur le sujet ?

Le métier d’inspecteur est assez méconnu. Beaucoup d’à priori lui sont attribués. Mon analyse le reconnaît à sa juste valeur. Les inspecteurs réalisent un travail difficile, avec une grande capacité d’expertise et un vrai savoir-faire. Certes, ils mettent trop l’accent sur les qualités didactiques et passent à coté de certaines réalités, mais cela doit être imputé à la procédure. Tant que celle-ci sera solennelle et épisodique, tant que la notation sera liée à la finalité « accompagnement », l’évaluation ne donnera pas les fruits escomptés.

Source des informations : la lettre de l’éducation.


Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 162411

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Actualités /Agenda   ?

Site réalisé avec SPIP 2.0.10 + AHUNTSIC

Creative Commons License

Visiteurs connectés : 26