SPIEN

Pourquoi de tous les secteurs de l’Etat, l’éducation nationale resterait-elle atypique ?

dimanche 18 mai 2008 par SPIEN - Matulik / Terver

Extrait de l’interview d’Alain Bouvier, ancien recteur et président de l’AFAE, auteur de "La nouvelle gouvernance des systèmes éducatifs" (PUF)

Vous venez de consacrer le colloque de l’Association française des administrateurs de l’éducation (AFAE) à l’évolution des relations entre système éducatif et collectivités territoriales. Va-t-on vers « l’éducation régionale » ?

C’est franchir une étape qui viendra peut-être un jour. Mais je constate qu’en une dizaine d’années les collectivités territoriales, en particulier départements et régions, vis-à-vis des collèges et des lycées, non seulement assument complètement leurs obligations légales, mais prennent de plus en plus d’initiatives qui pénètrent le registre pédagogique. Prenons l’exemple des collectivités qui financent les environnements numériques de travail. Ce choix a forcément un effet sur la pédagogie de l’enseignant et touche le cœur de la classe. De plus en plus de choses dépendent ainsi du volontarisme des élus locaux. En ce sens, on s’achemine vers un acte trois de la décentralisation. Cela ne veut pas forcément dire qu’il y aura demain un grand moment symbolique, avec le vote d’une dizaine de lois d’un coup, comme les actes un et deux. Mais on ne peut continuer ainsi : il y a un certain nombre d’évolutions aujourd’hui -notamment une forte demande de proximité ou encore la volonté d’aller vers l’organisation d’un système éducatif satisfaisant dans un premier temps à la fois les familles et les employeurs locaux qui nécessitent de nouvelles règles.

Quelles sont les marges de progression en matière de décentralisation ?

Outre la question de l’orientation, traitée jusqu’à présent seulement en termes de transfert ou non des emplois de conseillers d’orientation aux régions, ce qui a empêché de poser clairement les bonnes questions, la question la plus difficile devant nous est à mon sens celle de l’aménagement du territoire éducatif. Faut-il continuer à avoir en milieu rural isolé des écoles à classe unique, de tout petits collèges avec des enseignants à temps partiel... en sachant que la qualité du service rendu n’est pas nécessairement au rendez-vous ? De même, la question du transfert des gestionnaires aux collectivités territoriales n’a pas été menée jusqu’au bout. Faut-il qu’entre les personnels de collectivité et la collectivité territoriale il y ait toute une chaîne hiérarchique incluant le chef d’établissement ? Il y a là une vraie question. C’est une situation complètement nouvelle, et une évolution qui pourrait permettre au chef d’établissement de jouer un rôle plus important dans le recrutement des personnels.

Parallèlement, la réforme de l’Etat est à l’œuvre... Peut-elle bousculer l’équilibre actuel des pouvoirs au sein de l’éducation nationale ?

Il y a deux choses à bien distinguer. D’une part, l’évolution de l’organisation de l’Etat en région et de l’autre, un sujet que l’on confond souvent, celui de l’organisation de l’administration de l’Etat. Dans le premier, il y a un mouvement qui consiste aujourd’hui à donner au préfet de région d’importantes responsabilités face à une collectivité - la région -dont le périmètre d’action s’élargit. Désormais le préfet de région est dans une situation hiérarchique vis-à-vis des préfets départementaux, ce qui est tout à fait nouveau, et est entouré des responsables d’un nombre resserré de huit pôles. Le recteur en fait partie, ce qui peut être perçu comme une évolution de la fonction vers celle d’un directeur régional comme un autre. Pour l’instant, la différence principale tient à ce que, selon la Constitution, le recteur est nommé au conseil des ministres, comme le préfet de région, et qu’il représente non pas un mais plusieurs ministères dans son académie. A terme néanmoins, une évolution de ce type ne serait pas surprenante : pourquoi l’éducation nationale resterait-elle, de tous les secteurs de l’Etat, le seul qui soit atypique ? Pour les départements, là aussi par étapes, des évolutions futures s’annoncent, et touchent les préfets de département. Pour l’éducation nationale, la même question se pose pour les IA : faut-il ou non les maintenir ? Leur fonction n’est plus écrite dans le marbre. Vers quoi allons-nous aller ? C’est ce que nous allons savoir dès que seront connues les conséquences de la révision générale des politiques publiques dans l’éducation nationale. J’en viens ici au deuxième point. S’il est demandé d’aller vers des économies d’échelle dans l’organisation administrative de l’Etat, la question ne manquera pas de se poser.

Réforme de l’Etat d’un côté, décentralisa¬tion de l’autre, ces deux mouvements sont-ils compatibles et cohérents ?

Ils ont en principe vocation à être mis en cohérence. Mais cela part de deux idées différentes : d’un côté il s’agit de proposer une organisation administrative d’un autre type, de l’autre il s’agit de confier des responsabilités nouvelles à des entités politiques élues. Reste que l’Etat a besoin d’avoir une représentation territoriale face à ces collectivités elles-mêmes territoriales. Et d’une certaine façon plus les élus locaux ont des dossiers conséquents et importants, plus les représentants de l’Etat devront être en mesure d’être de véritables partenaires. Cela devrait conduire à terme à un système plus déconcentré, avec un Etat « stratège », recentré sur les missions, les objectifs, le niveau politique qui se décharge des tâches qui l’absorbent trop et laisse les acteurs locaux autonomes dans la façon d’atteindre les objectifs, et avec une vigilance territoriale et stratégique au niveau intermédiaire (préfets, recteurs).

Source : la lettre de l’éducation


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