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PS : Bruno Julliard : « La gauche souhaite aller au bout de ce qui peut être une révolution du socle commun »

jeudi 1er décembre 2011 par SPIEN - Matulik / Terver

Bruno Julliard est secrétaire national à l’éducation du Parti socialiste (PS).

Le projet éducatif du Parti socialiste pour 2012, intitulé « Education et formation pour l’égalité », a-t-il vocation à rassembler toutes les idées de gauche ? Justement, non. Il s’agit de rompre avec ce que le Parti socialiste a fait pendant de nombreuses années : chercher des points d’équilibre entre les positions syndicales et politiques de gauche sur l’éducation. Ces « mille-feuilles » de propositions se sont traduits par un filet d’eau tiède qui n’a pas convaincu. Pour preuve, les dernières élections présidentielles ont montré que le vote des enseignants n’était plus acquis au PS. Si on se limite à rassembler toutes les idées de gauche, on perd l’objectif d’avoir un projet ambitieux et cohérent.

Les divisions internes au PS, qui l’ont si souvent rendu impuissant dans le domaine de l’éducation, ne sont donc pas dépassées... Il est vrai que la gauche a été, pendant plusieurs décennies, divisée par des clivages - entre « pédagogistes » et « instructionnistes », entre jacobins et décentralisateurs - qui perdurent aujourd’hui. Il faut les dépasser, non pas en trouvant un équilibre, mais en se posant la bonne question : quelles missions doit assurer l’école ? A partir de là, des choix clairs doivent être faits. Certains sujets, comme celui du socle commun, nous divisent. Mais on nous reconnaîtra une légitimité dès lors que l’on aura quelque chose à dire sur l’école. Je préfère un vrai projet éducatif qui assume des ruptures, plutôt que de brosser tous les acteurs dans le sens du poil.

Vos propositions sont assez proches de celles du député UMP Jacques Grosperrin sur la mise en œuvre du socle commun. Selon vous, l’éducation est-elle un domaine qui dépasse les clivages droite-gauche ? L’idée selon laquelle tous les élèves doivent accéder à un bagage de connaissances et de compétences est une idée de gauche ! La droite tente de s’approprier nos slogans, mais elle mène une politique qui n’a rien à voir avec la nôtre. Elle n’a pas fait le deuil d’une école élitiste qui ne doit pas se donner tous les moyens de faire réussir tous les élèves. Elle est figée dans un état d’esprit de concurrence et d’affaiblissement du service public. La gauche souhaite aujourd’hui aller au bout de ce qui peut être une « révolution du socle commun ». Cela passera par une redéfinition du contenu du socle, une adaptation des rythmes scolaires, une réforme du collège pour qu’il ne soit plus un « petit lycée » mais la continuité de l’école primaire, le développement de projets pédagogiques, l’interdisciplinarité.

Votre projet s’accompagne-t-il d’une augmentation des moyens alloués à l’école ? Il faudra réinvestir dans l’éducation, qui a perdu un point de PIB entre 1995 et 2008. En même temps, les comparaisons internationales montrent que nous dépensons en moyenne autant que les autres pays de l’OCDE pour des résultats inférieurs. Cela révèle que tout n’est pas question de moyens. Il faut aussi s’attaquer aux faiblesses structurelles de notre système éducatif : garantir plus de justice sur le territoire en donnant davantage aux établissements qui en ont le plus besoin, ouvrir l’école sur la société en s’appuyant sur les associations périscolaires et les collectivités, redéfinir les missions des enseignants.

Faut-il augmenter le temps de présence des enseignants dans l’établissement ? Il faut leur donner une part de dotation horaire plus importante en autonomie pour qu’ils puissent construire des enseignements transversaux, travailler en équipe, assurer un suivi individualisé des élèves et maintenir un lien avec les familles. J’ajouterai que le métier d’enseignant n’est pas le même selon qu’on le pratique dans des établissements difficiles ou des établissements de centre-ville. Nous nous engagerons dans une négociation avec les syndicats sur le sens de leur métier, les missions qu’ils doivent remplir et l’organisation de leurs services. Toute charge de travail nouvelle et tout temps de présence supplémentaire devront être reconnus et rémunérés.

Les chefs d’établissement auront-ils le pouvoir de nommer leurs personnels ? Non. L’Etat doit rester responsable de l’organisation du service public d’éducation : des programmes, du recrutement des personnels et de l’évaluation.

Allez-vous accélérer la décentralisation Je ne pense pas qu’il faille s’engager davantage dans ce mouvement, surtout au vu du désengagement de l’Etat dans le financement des collectivités territoriales. Cela dit, il est important que, dans le cadre de projets éducatifs locaux, une place plus importante leur soit faite. Par exemple, dans la mise en place d’une semaine de cinq jours au primaire, le dialogue à l’échelle locale garantira une cohérence entre le scolaire et le périscolaire.

Si le PS remporte la prochaine élection présidentielle, remettra-t-il à plat les réformes engagées par Xavier Darcos ? Nous rétablirons la carte scolaire, mais pas celle qui existait auparavant, car elle n’était ni juste ni efficace. Nous prévoyons de créer un « indice de mixité sociale » permettant de distribuer les financements en fonction des catégories socioprofessionnelles des élèves. Concernant la réforme de la formation des enseignants, nous sommes favorables à un recrutement des enseignants à un niveau bac + 5. En revanche, nous considérons que l’enseignement est un métier qui s’apprend. Nous rétablirons donc une formation professionnelle en imaginant des masters en alternance, en recréant une année de stage et en réinventant les IUFM.

8 novembre 2010 Source des informations la lettre de l’éducation


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