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Interview extraite de la lettre de l’éducation André D. Robert : « L’attachement des enseignants à la représentation syndicale risque d’être ébranlé »

samedi 12 novembre 2011 par SPIEN - Matulik / Terver

André D.Robert est professeur en sciences de l’éducation à Lyon-II, auteur de « Miroirs du syndicalisme enseignant » (Syllepse).

Les élections professionnelles, qui se sont tenues du 13 au 20 octobre, sont-elles, selon vous, historiques ?

Tout à fait, et ce à plusieurs titres. Déjà, parce que ces élections sont les premières organisées depuis la loi du 5 juillet 2010 relative à la rénovation du dialogue social. Ensuite, parce que pour la première fois, les électeurs ont été appelés à élire leurs représentants syndicaux par vote électronique. Enfin, elles sont historiques du fait du recul net du taux de participation. Celui-ci avoisinait les 60% au cours des deux dernières décennies. Il passe à 40%. L’attachement des enseignants à la représentation syndicale, plus fort que dans les autres professions, risque d’être ébranlé.

Pourquoi cette chute de la participation ?

De toute évidence, le vote électronique a induit ce recul. Le parcours du votant s’est apparenté à un parcours du combattant. Il fallait vraiment avoir une volonté chevillée de voter pour participer à ce scrutin ! Le vote électronique a en outre individualisé l’acte électif, alors que dans un environnement collectif, l’enseignant peut être incité à voter du fait de l’effervescence qui se produit dans l’établissement. La troisième explication qui, je l’espère, ne se vérifiera pas dans la durée, tient en l’affaiblissement de l’attachement de la profession à sa représentation syndicale. Car sur le plan de l’adhésion syndicale, dans les années 1970, un « bon » enseignant se devait d’être syndiqué. Ce n’est plus le cas. Une jeune professeure me faisait part, il y a quelques années, de son « intérêt désengagé » pour le syndicalisme. Sa réflexion me semble assez emblématique de la représentation mentale des jeunes générations d’enseignants : ils ne sont pas totalement détachés du fait syndical, ils reconnaissent son intérêt et sa nécessité, mais ne s’engagent pas. Le recul de la participation aux élections professionnelles résulte donc aussi d’un phénomène générationnel : on est passé d’une « société militante » à un « militantisme affranchi », avec une position distancée par rapport aux organisations syndicales, sans que cela se traduise par un rejet.

La faible représentativité des syndicats va-t-elle les mettre dans une situation telle qu’ils ne seront plus entendus ?

On se retrouve dans une situation paradoxale où une loi, conçue pour améliorer le dialogue social, a finalement conduit, du fait notamment du choix électronique et des problèmes techniques, à une baisse de la représentativité. Cela dit, comme à toutes les élections, seuls les électeurs qui se sont exprimés sont pris en compte. Les organisations présentes au CTM [comité technique ministériel] et dans les comités techniques de proximité seront tout à fait en mesure de faire entendre leur voix. Un syndicat, le Snalc-CSEN, perd sa représentativité. Il le déplore en mettant en cause les dysfonctionnements techniques causés par le vote électronique. On peut aussi se demander si, en se fondant, pour le CTM, dans l’« Union pour l’école républicaine », il n’a pas perdu sa visibilité. En effet, là où le Snalc se présentait sous son sigle, aux niveaux catégoriels (CAPN), il a pu connaître, ici ou là, des progressions. Ndlr : Il en est de même pour la FAEN.

Quels sont les nouveaux rapports de force entre syndicats d’enseignants ?

Ils ne sont pas bouleversés. Au niveau du CTM, la FSU perd 2 points, mais sort renforcée de ces élections en gardant sa majorité absolue. Le SE-UNSA et le SGEN-CFDT, syndicats réformateurs, progressent légèrement. FO progresse aussi et passe en 3e position. Ce dernier fait preuve d’un regain d’activisme dans les établissements scolaires. SUD obtient un siège au CTM, alors qu’il a tendance à reculer dans d’autres instances, ce qui montre que les électeurs n’ont pas forcément voté de la même manière au comité ministériel. Dans les CAPN [commissions administratives paritaires nationales], les syndicats de la FSU restent majoritaires, avec des progressions. Dans le collège des professeurs de lycée professionnel, le Snetaa recule de plus de 2 points, alors que ses concurrents progressent. Le Snetaa a beaucoup oscillé durant ces deux dernières décennies. Son ralliement récent à FO a pu créer un brouillage d’image pour certains électeurs. Preuve que les identités syndicales ne peuvent être bousculées aussi facilement sans conséquence sur les électeurs.

Source des informations : la lettre de l’éducation


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