SPIEN

"Cet Etat centralisateur et surendetté casse la dynamique des régions"

lundi 30 mai 2011 par SPIEN - Matulik / Terver

Extrait de l’interview d’Alain Rousset dans la lettre de l’éducation du 16 mai.

Vous revendiquez, dans votre « Acte III de la décentralisation » publié le 20 avril, une nouvelle compétence : celle de piloter le dispositif d’orientation du collège au supérieur. Pourquoi l’échelon régional est-il, selon vous, le plus pertinent dans ce domaine ? Les régions ont des compétences à la fois en matière de formation initiale et continue, d’apprentissage et de développement économique. Elles constituent de fait un bon niveau pour organiser le lien entre formations et emplois. Par ailleurs, il faut rendre les formations initiale, continue et par apprentissage plus mobiles, plus réactives à l’égard d’une société qui bouge vite. Des nouveaux métiers apparaissent qui sont souvent mal connus et pour lesquels aucune formation n’existe. Dans ce domaine, les régions ont une carte à jouer, car elles connaissent bien ce que sera le marché du travail de demain.

Les régions sont chargées de la gestion des lycées, des schémas régionaux des formations et des personnels techniciens et ouvriers de services (TOS). Font-elles aujourd’hui plus que leurs compétences légales ? Elles font plus et mieux. Plus, car l’investissement des régions dans le lycée est cinq fois supérieur à la dotation de l’Etat. Les régions mènent de véritables politiques éducatives, sur l’éducation à la citoyenneté, sur l’apprentissage des langues vivantes. Elles apportent un appui à la mobilité internationale des jeunes et lancent des appels à projets pour soutenir des actions concrètes et ludiques. Elles jouent un rôle fondamental dans l’apprentissage des savoirs.

Depuis 2002, les régions sont majoritairement à gauche et composent avec un gouvernement de droite. Cela rend-il les relations conflictuelles ? Depuis l’arrivée de Luc Chatel, des groupes de travail réunissant l’ARF et le ministère de l’éducation nationale se sont organisés autour des questions d’orientation, de numérique, de lutte contre l’échec scolaire. C’est une première. Malgré tout, les régions sont très critiques à l’égard de la façon de faire très centralisatrice du gouvernement. Une société moderne est une société décentralisée, comme partout en Europe. Or, les réformes sont décidées sans concertation. Pourtant, il a fallu que les régions investissent fortement pour équiper les lycées professionnels dans le cadre de leur rénovation ! Elles n’ont pas eu leur mot à dire quand le chef de l’Etat a décidé de doubler le nombre d’apprentis. Je le dis : cette politique du chiffre est incompréhensible. Même si l’apprentissage est un mode de formation positif, on ne peut l’imposer aux entreprises. On ne peut moderniser le lycée professionnel et, par un système de vases communiquants, en vider les élèves au profit de l’apprentissage ! Les formations doivent être complémentaires. Les mettre en concurrence est une erreur.

La répartition des compétences entre les collectivités territoriales, l’Etat et les établissements scolaires a-t-elle été clarifiée ?

Aucune clarification n’est intervenue ces dernières années. On est toujours dans le scénario d’un Etat qui veut tout faire et remplit donc mal ses missions propres. Je souhaiterais que l’enseignement professionnel et la filière agricole soient entièrement décentralisés, tant la relation entre ces formations et le développement d’une région est prégnante. Sur ce point, on a régressé puisque, depuis près d’un an, les schémas prévisionnels de formations professionnelles ne sont plus définis par les régions, mais par un contrat passé avec les recteurs et les préfets.

Que répondez-vous aux craintes d’une aggravation des inégalités territoriales formulées par certains syndicats ?

Elles n’ont pas lieu d’être. Toutes les statistiques, tous les exemples internationaux montrent que la décentralisation a réduit les inégalités territoriales. Mis à part les compétences régaliennes -sécurité, défense, justice- et les fonctions de contrôle qui doivent rester entre les mains de l’Etat, toute compétence est mieux exercée proche du terrain. Au vu de la réussite du transfert des lycées ou de celui des TOS, cela est évident. Mais cet Etat centralisateur et surendetté, en aggravant les inégalités sociales et en maintenant un niveau d’échec scolaire considérable, casse la dynamique des régions et pire, du service public.

Source des informations : la lettre de l’éducation.


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